Mème représentant un enfant maintenu au sol par une botte. La botte porte l'inscription « circulation ». L'enfant porte l'inscription « conducteurs ». C'est que la partie haute du mème, la deuxième partie, implicite, montrant que l'enfant tient la botte contre sa propre tête.

Médias et mobilité : quand on enterre la voiture sous les fleurs (et les cyclistes sous les voitures)

L’art de ne pas voir l’éléphant dans la rue

Cette semaine, Var Actu a publié deux articles en 24 heures. Le premier, sur les 70 accidents annuels impliquant cyclistes et trottinettes dans le Var, avec 4 morts par an en moyenne. Le second, sur le stress des automobilistes en métropole, victimes de la circulation et du manque de stationnement. Deux sujets liés ? Pas pour la rédaction. Deux faces d’un même problème ? Surtout pas.

On pourrait s’étonner de cette cécité volontaire, si elle n’avait pas des conséquences aussi graves.


1. L’ironie tragique : deux articles, zéro lien

Le 25 février, on apprend que 70 cyclistes et utilisateur·ices de trottinettes sont accidenté·es chaque année dans le Var, dont 4 meurent. Cause principale ? Le non-respect des priorités — un problème où les automobilistes sont au moins aussi responsables que les autres. Pourtant, on préfère rappeler aux cyclistes de mettre leur casque et aux parents de bien attacher leurs enfants sur leur vélo, comme si un gilet réfléchissant suffisait à les protéger face à une voiture lancée à 70 km/h.

Le lendemain, Var Actu nous explique que 60 % des automobilistes trouvent la conduite en ville « stressante », que 87 % se plaignent de la pression sur la route, et que 90 % détestent chercher une place. Pourtant, 45 % continuent à prendre leur voiture en ville, perpétuant ainsi le cercle vicieux qu’ils dénoncent.

Le message est clair :

  • Si tu es à vélo et que tu es accidenté·e, c’est de ta responsabilité.
  • Si tu es en voiture et que tu es stressé·e, c’est la faute à la ville, qui fera alors de son meilleur pour préserver le système tout-voiture.

2. Le double standard : responsabiliser les victimes, excuser les auteurs

Pour les cyclistes : « Débrouillez-vous ! »

La préfecture du Var, relayée par Var Actu, insiste : « À vélo ou en trottinette, assurez-vous d’être bien équipés. » Traduction : « La route est dangereuse, mais c’est à vous de vous adapter. »

  • « Attachez bien vos enfants ! » (Car bien-sûr, ça les protègera en cas de collision avec un SUV de deux tonnes)
  • « Portez un casque ! » (Mais aucune protection contre les voitures garées sur les trottoirs ou les dépassements dangereux.)
  • « Respectez les priorités ! » (Alors que les automobilistes sont au moins aussi souvent en tort dans les accidents.)

Le vrai problème : On demande aux cyclistes de se protéger dans un environnement hostile, tout en prenant l’hostilité de cet environnement comme une fatalité.

Mais si l’on y regard de près, les enfants à vélo peuvent effectivement nous guider pour trouver la solution.
Car aucun équipement individuel ne peut garantir à lui seul la sécurité des enfants à vélo.
Il faut alors aménager l’espace public pour que il sécurise les enfants de manière automatique.
La formule courte pour des aménagements corrects est donc la suivante :
Si un enfant de sept ans ne peut pas emprunter un aménagement cyclable en toute autonomie, c’est que ce n’est pas un bon aménagement.

Pour les automobilistes : « On compatit (sans rien changer) »

Var Actu relaie les plaintes des automobilistes sans jamais remettre en cause leur responsabilité collective dans la saturation des villes :

  • « Conduire en ville, c’est stressant ! » → Oui, mais ce n’est pas en faisant la voiture plus attractive par rapport aux alternatives qu’on changera ça.
  • « Le stationnement, c’est un casse-tête ! » → Oui, et plus qu’on en ajoute, plus ça attire de voitures.
  • « Les bouchons, c’est insupportable ! » → Oui, si seulement on pouvait inciter les autres conducteurs·ices à se mettre en selle.
Mème représentant un enfant maintenu au sol par une botte. La botte porte l'inscription « circulation ». L'enfant porte l'inscription « conducteurs ». Dans le deuxième panneau, on voit que l'enfant tient la botte contre sa propre tête.

La solution évidente : moins de voitures = moins de stress, moins d’accidents, moins de bouchons, plus d’espace pour tout le monde, y compris pour les conducteur·ice·s restants.

Mais personne n’ose le dire.


3. Le stationnement : le privilège qui étouffe la ville

Var Actu souligne : « 9 automobilistes sur 10 sont découragés par le stationnement. »
Mais personne ne demande :

  • Pourquoi réserver une grande partie de l’espace public à des véhicules immobiles 23h/24 ?
  • Pourquoi accepter que des parkings remplacent des aménagements cyclables, des parcs ou des logements ?
  • Pourquoi ne pas transformer ces espaces en zones de vie, plutôt qu’en dépotoirs à voitures ?

À Toulon, le stationnement reste un droit sacré. On en déplore son manque, mais on refuse d’en réduire la place — comme si c’était une loi divine, et non un choix politique.

Moins de places de stationnement = moins de voitures en circulation.
Moins de voitures = plus de sécurité, plus d’espace, plus de vie.
Et avant que certains ne pleurent pour le sort de nos commerçants : moins de voitures et plus de vie piétonne = plus de clientèle dans les boutiques.

Si les problèmes des automobilistes sont bien réels, ils en sont à la fois la cause et les victimes.


4. Bonus : l’illustration d’un problème… que nous n’avons pas dans le Var

L’article sur les accidents de vélos et trottinettes est illustré par… une photo de trottinettes en free-floating à Marseille :

Photo d'une vingtaine de vélos et trottinettes des marques "dott", "lime", "bird" et autres qui bloquent un trottoir de Marseille et débordent même sur la piste cyclable
À Marseille, on ose des solutions, au risque de devoir corriger après. À Toulon, on se contente de demi-mesures.

Problème n°1 : Ces services n’existent même pas dans le Var.
Problème n°2 : La métropole toulonnaise ne propose aucune alternative ambitieuse, se contentant d’un système de vélos en libre-service caché dans des parkings, avec seulement une trentaine de vélos pour toute la ville.

La question qui fâche :

Pourquoi nous montrer l’exemple de solutions problématiques (comme le free-floating, qui pose effectivement des problèmes), plutôt que d’exiger un véritable système public de vélos en libre-service ?


5. La solution ? Moins de voitures, plus de vie

En réalité, si les détails sont bien sûr compliqués, les grandes lignes de la solution sont assez simples et relèvent du simple fait qu’aucune autre modalité de transport n’utilise autant d’espace que la voiture individuelle.

On pourrait exiger :
La réduction drastique de l’espace dédié à la voiture (aménagements cyclables sur tous les grands axes, piétonnisations, suppression de stationnement en rue en centre-ville).
Un vrai Vélib’ toulonnais, avec des stations fixes et un maillage dense — comme dans autant d’autres villes de toute taille et géographie.
L’offre de transports en commun, pour rendre la voiture inutile, pas juste « stressante ».
Et tant d’autres.

Notre message aux élu·es : Il est temps d’agir. Nous exigeons :

  • Un vrai Vélib’ toulonnais dès 2027.
  • La fin des subventions pour les automobilistes. parkings gratuits etc.
  • Des pistes cyclables protégées sur TOUS les grands axes, comme la loi l’exige pour les rues rénovées depuis au moins 20191.

Sinon, le prochain accident grave sur une route mal aménagée pourrait engager la responsabilité de la ville — et coûter bien plus cher que des aménagements cyclables aujourd’hui.

Notre message aux cyclistes :

Rejoignez-nous le 5 mars pour notre Masse Critique ! À vélo, nous occuperons l’espace public pour réclamer les aménagements cyclables dont Toulon a urgemment besoin. Ensemble, montrons que la rue appartient à celles et ceux qui la traversent sans étouffer sous les pots d’échappement. 🚴‍♀️💨

  1. Depuis 2019, la loi impose aux collectivités d’aménager des pistes cyclables lors de toute rénovation de voirie. À Toulon, combien de grands axes ont été refaits sans respecter cette obligation ? ↩︎