36 millions d’euros pour penser autrement.

Cette réflexion sur les prochains investissements publics dans le réseau autoroutier de l’aire toulonnaise souligne le défaut  d’imagination des « instances » en matière de vision à long terme des déplacements de demain. La FNE et l’ADEME  s’agitent (voir ici) sur les question de sensibilisation, mais sur le terrain ce sont toujours les vieilles solutions qui émergent.

Trente six  millions d’euros, c’est le prix du futur échangeur autoroutier qui se situera entre Sanary et Ollioules et fera très prochainement l’objet d’une enquête d’utilité publique. ( A titre de comparaison la voie verte sur Tamaris qui attend toujours un financement est estimée a 6 millions d’euros).

Il y a une question qui ne sera pas posée dans le cadre de cette enquête: cette réalisation profitera-t-elle à nos petits enfants ? Elle ne sera pas posée et donc la réponse ne sera pas entendue. Cela est bien dommage car la réponse est: non ils n’en profiteront pas, la raréfaction du pétrole portera le coût de l’énergie à un niveau tel que quelques -uns seulement pourront se l’offrir. (Une baisse de la fréquentation des autoroutes est déjà perceptible). Puisque cette question sur le long terme ne sera pas posée, il nous reste à réfléchir si sur le court terme nous n’aurions pas intérêt à chercher une autre solution.

Le but de cet échangeur est de réduire le trafic sur la sortie du camp Laurent dont le débit est affecté par l’activité de la zone industrielle de la Seyne sur mer  ainsi que par sa zone commerciale. Nous avions évoqué la difficulté pour les cyclistes à évoluer sur ces grands espaces conçus pour le   « tout voiture » (voir ici). Nous avons même imaginé un itinéraire « bicyclable » , (voir ici ). Voici pourquoi l’annonce de la création d’un nouvel échangeur sur l’A50 (voir ici) inquiète  la communauté cycliste de TPM.

 

Moyennant 36 millions d’euros cette sortie d’autoroute devrait en théorie, permettre de renvoyer le flux de voitures un peu plus loin. Ce sera au prix d’un impact environnemental important sur une zone relativement préservée, à proximité du  tout nouveau marché agricole . Cette solution, à supposer que les utilisateurs ne rechignent pas à s’acquitter du péage, (voir ici) si elle fonctionnait, n’aurait comme corolaire que d’augmenter le nombre de voitures qui circuleront dans le secteur, d’augmenter  notre dépendance aux énergies fossiles, d’augmenter les rejets de polluants atmosphériques, et de creuser encore notre déficit commercial pour l’achat de carburant, comme solution d’avenir on peut rêver mieux.

N’est-il pas  temps de poser la question autrement et de se demander comment avec 36 millions résoudre  les problèmes liés à la mobilité dans cette zone située entre Sanary et Toulon , d’autant qu’une  technopole industrielle devrait voir le jour dans quelques années sur la commune d’ Ollioules.

Voici quelques idées, la première : on ne construit pas cet échangeur, donc c’est maintenant avec  seulement les 12 millions d’euros  que la communauté d’agglo s’apprêtait à investir,  qu’il faut innover.(La différence 24 millions d’euros  c’était le péage).

C’est d’abord aux heures de pointes qu’il faut penser, au lieu d’affecter de nouveaux espaces au trafic auto, jouons donc avec le temps. Comment par exemple vider la zone industrielle de la Seyne en un rien de temps, simple : « procédure d’évacuation d’urgence »  en proposant simplement l’arrêt des sorties de véhicules individuels des entreprises sur deux ou trois plages horaires: 17h00 à 17h15 et 18h00 à 18h15. Cela au profit d’une irrigation dense pendant ces pauses par des bus et navettes à destination des parc relais et du futur réseau BHNS,  Beaucaire, gare de Sanary,  gare de la Seyne et communes voisines.

Après une période de rodage sur la zone industrielle de la Seyne, proposer des solutions équivalentes sur les zones commerciales situées entre Toulon et Ollioules (et pourquoi pas sur l’Est de l’agglo), les clients peu chargés seront surement très intéressés, ce qui sera tout bénéfice pour ceux qui seront contraints de faire le plein du chariot.

Ces solutions peu onéreuses (penser quand même à la gratuité des bus pendant ces créneaux horaires) laisseraient quelques finances pour créer les passages cyclables (nouvelles passerelles vélo et piétons  sur autoroute) qui manquent sur les deux  échangeurs actuels et pour mettre en place une  politique d’aide à l’achat de vélos électriques.

Le recensement puis l’aménagement des passages existants sous l’autoroute non ouverts  à ce jour aux piétons et cyclistes permettraient de créer de nouveaux itinéraires.

 

Pour la future technopole, là c’est encore plus simple; pour ne pas être confrontés aux embouteillages, il suffit de ne faire ni  les routes, ni les parkings. Avec les économies ainsi réalisées créer une mini voie ferrée, pour une navette électrique « yoyo » permanente à faible vitesse qui relierait toutes les entreprises d’un bout à l’autre de la technopole. Cette voie serait encadrée de deux pistes cyclables, dont l’entre-axe permettrait la nuit de faire passer les grosses livraisons nécessitant un camion. Un réseau de triporteurs électriques  offrant pendant la journée un lien avec le parc relais de la Beaucaire (prévoir un quai de déchargement).

Les  espaces parkings non réalisés offriraient un potentiel énorme en espaces verts et espaces sportifs pour les employés. Pour 3000 personnes, compter environ 6000 m2 (totalement inutiles et stériles surtout la nuit) .

Pour améliorer la vie des employés et libérer du temps, des services inter-entreprises pourraient proposer quelques facilités, livraisons de courses, produits locaux, bio, pressing par porteur, type vélo à assistance électrique.

 

Un tel projet pourrait bien servir de pilote et obtenir quelques subsides européens au titre de « Zone  d’expérimentation et de réflexion sur les mobilités de demain ». Une « ZERMODE » qu’il est grand temps d’inventer  si on veut commencer à sortir du pétrole progressivement.

Comme quoi on constate que c’est souvent l’imagination qui fait défaut, normal ni les décideurs  ni les ingénieurs ne sont  formés dans les écoles d’art. Ils pourraient se faire aiderécouter les usagers qui bougent ,  pensent autrement .  Ils pourraient  surtout entendre la planète,  notre unique maison, qui brûle et  qui espère beaucoup des pompiers volontaires de terrain qu’ils soient rouges , bleus ou verts.

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A lire dans ce contexte,  un éclairage qui souligne l’opportunité a saisir par les pouvoirs publics lorsque   un changement de situation des individus induit de potentiels changements d’habitudes, (comme par exemple le déménagement d’une entreprise ou  la création d’une nouvelle zone industrielle) :

Les résistances au changement : une opportunité pour repenser la place des habitudes dans les déplacements quotidiens.

Ne pas perdre de vue  non plus  le paradoxe de Braess qui nous enseigne que rajouter une route ralentit parfois le trafic,  les exemples sont nombreux. voir ici 


 

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4 commentaires sur “36 millions d’euros pour penser autrement.

  1. Vu l’échec de Rio+20 ,c’est sûr qu’il n’y a plus rien à attendre des grands sommets.
    Les politiques locales auront donc un rôle majeur à jouer sur le devenir de la planète et donc sur notre bien être.Le bonheur ne réside surement pas à rester planter dans une superbe bagnole climatisée pendant des heures cul à cul, à téléphoner mains libres, à cramer du pétrole, et à générer des particules fines qui assureront les cancers de demain. Si l’écologie n’est pas une affaire d’écologiste maintenant il est l’heure de le prouver.
    Il faudra donc penser autrement ,et par conséquent dépenser autrement.

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